Tentative d’équilibre : parrainer Alexandre, et voter Benoît.

Il y a déjà longtemps que nous votons plus ou moins par défaut aux élections présidentielles. La raison est simple : tout ce qui n’est pas voté en proximité et de proche en proche se transforme forcément en une construction artificielle qui se détache de la souveraineté populaire.

La Constitution de la 5ème République était plutôt bien écrite, même si elle répondait à un moment historique qui fait maintenant partie de notre passé.

Proposer, en 1962, l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, nous a en fait démunis peu à peu de notre souveraineté, déléguée au bon vouloir des grandes formations politiques.

Pour autant, lorsque l’on conteste une règle, il faut l’appliquer tant qu’elle existe. Aussi j’ai toujours participé à cette élection et même fait quelques fois campagne.
Je ne tremble pas plus aujourd’hui et ne doute pas, contrairement à certains, qu’au second tour, le 7 mai prochain, je m’emparerai du bulletin de vote qui sera face à celle ou celui que ma conscience commandera d’éliminer.

Notre système actuel ne peut facilement nous sortir quelque chose de bon, tellement il ne procède plus, effectivement, du peuple ni des réalités locales. Je crois donc plutôt à ce dont nous sommes capables, dans nos villages et nos quartiers, à produire ensemble du commun.

C’est ce qui m’a poussé à proposer une démarche de laboratoires citoyens « Communes citoyennes », la production d’idées ayant été délaissée à cet échelon par les partis politiques.

C’est ce qui m’a poussé à proposer aux habitants de mon village des espaces de co-construction pour provoquer, collectiviser et catalyser l’initiative locale.

C’est ce qui m’a poussé à me rapprocher de deux réseaux qui ont du sens, les colibris et les maires ruraux.

J’ai donc forcément croisé Alexandre Jardin sur ce chemin.
Pas très convaincu au départ par une candidature, estimant qu’il valait mieux occuper le débat par une démarche parallèle à l’élection présidentielle, voire contributive, je reconnais qu’il défend la même orientation que la mienne, décentralisatrice, empirique, bienveillante et confiante dans le citoyen.
Mon parrainage lui reviendra car j’espère qu’un temps lui sera ainsi attribué dans le débat politique.
En tout état de cause, nous aurons beaucoup à construire ensemble demain et après-demain, quoiqu’il advienne de ce scrutin.

Quitte à rendre les parrainages publics, j’aurais souhaité que le législateur les ouvre au tiers des conseils municipaux en fixant le seuil à 2000 parrainages, afin de gagner en représentativité. Mais la représentativité ne préoccupe plus nos parlementaires depuis bien longtemps. Pour moi, parrainer un « petit » candidat, ces résister à ces manœuvres verticales.

Dans le même temps, je ne peux être indifférent à ma jeunesse rocardienne partagée avec Benoît Hamon. Créant la surprise, il est sorti victorieux de la primaire du 29 janvier.
Il se débat pour proposer des idées nouvelles et un changement de paradigme dont notre société a besoin.
Il n’est cependant pas aisé pour chacun, accompagné par les jugements grossiers habituels des éditorialistes, de discerner à quel point ce candidat est un « vrai » Rocardien de la méthode. Ce n’est pas facile à voir si devant la forêt, l’arbre qui la cache nous est décrit avec des branches de frondeur, des écureuils vallsistes, des revenus universels au goût d’assistanat.
La forêt est portant miraculeusement intéressante dans cette élection morbide et ahurissante de fin de régime : autour de Benoît je vois des chercheurs et des universitaires qui savent voir loin devant l’évolution de notre société, et notamment du travail salarié et de l’entrepreneuriat; je vois encore bien du monde issu de la société civile, que l’on ignore si bien depuis trop longtemps; je vois aussi une détermination à relier la politique au citoyen, même si nombre de mes suggestions ne sont pas entendues, la patience et la persévérance doivent être des qualités que je tente de faire miennes.
Je contribue donc, et, à l’heure où j’écris ces lignes, un 4 mars, je pense que je voterai pour celui qui a appris avec moi à s’éloigner des sectaires ou à les maîtriser, à entendre le coeur battant du monde et chercher les transitions et les transformations dont il a besoin pour le régénérer et promettre à nos enfants un avenir meilleur. Je suis libre de changer d’avis d’ici le 23 avril, car surtout je suis libre. Jamais enfermé dans un camp ou une caste.

Pas facile de se positionner dans ce cirque présidentiel qui nous balance de consternations en surprises. Je pense avoir trouvé là un équilibre… pour le moment.

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YL