Et quand je parle d'une droite, je ne parle pas de toute la droite... Je laisse
volontiers à d'autres les attitudes dogmatiques et les jugements à
l'emporte-pièce.
La République laïque telle que nous l'avons héritée de
l'Histoire de notre pays, traverse nombre de courants politiques. Etablie pour
peser contre les obscurantistes de tout poil, conscients ou non de leur nature,
elle doit résister aujourd'hui aux violences du dogme
libéral.
C'est ainsi que l'UMP se réunit ce jour pour un débat qui mettrait en
perspective la laïcité d'une part, et la confession musulmane d'autre part.
Loin d'être un moment de réhabilitation de la laïcité, tout tient dans le
nauséabond de leurs arrière-pensées... C'est une autre perspective qui s'y
développe : la France face à l'Islam. Notons d'ailleurs qu'on ne parle plus
d'islamisme.
On nourrit une fable moderne, une thèse selon laquelle un
choc des
civilisations est inévitable et menace notre "confort"
occidental.
Après les ratés de notre diplomatie à l'heure des révolutions nord-africaines
et moyen-orientales, il eût été plutôt de bon aloi de remettre en cause cette
thèse enfantine et, disons-le clair, xénophobe, à la lecture de ce qui se passe
réellement.
Comme cela a été écrit ici il y a quelques jours, on constate objectivement
que les soulèvements populaires ne sont en rien animés par les ultra-religieux,
appartenant aux yeux du peuple à la même catégorie historique que l'oligarchie
dirigeante : celle du
passé.
Pourquoi alors, dans le même temps où des peuples avancent et expriment un
besoin de démocratie et de république, pourquoi alors notre propre peuple
devrait-il reculer et embrasser un comportement d'exclusion sous l'influence de
ses dirigeants ?
La meilleure technique pour démasquer une manoeuvre, c'est d'en trouver le
bénéficiaire. Et la grosse ficelle qu'ils manient à tour de bras n'est
nulle part ailleurs que dans la stratégie du bouc-émissaire,
plus vieille que la domestication du bouc à l'échelle de l'histoire humaine
!
La crise économique est toujours suivie d'une crise sociale, puis d'une
crise politique. Il y a consensus sur cette analyse. Et nous sommes en
effet pas loin de la crise politique.
Dès lors il ne faudrait pas que cette crise politique prenne la forme d'une
hostilité à l'oligarchie politico-financière qui a lancé le monde dans un
système turbo-libéral (c'est à dire dans rien d'autre qu'un mur). Non... il ne
faudrait pas... ce serait dommage... ce serait vraiment ballot de remettre en
cause le partage des richesses, voire même, de connaître des révolutions ! Des
nationalisations ! J'arrête là les gros-mots...
Il faut donc expliquer aux gens que nous sommes très différents les uns
des autres, et que cela doit se comprendre comme une menace. Ainsi que
c'est toujours l'autre qui vous enlève le pain de la bouche. Peu
importe quel "autre", il faut de l'"autre", encore de l'"autre" : substituer
l'exclusion et la xénophobie à la solidarité et à la fraternité.
Et les possibilités de décliner l'"autre" sont multiples :
- l'étranger
- celui qui n'a pas la même religion
- celui qui n'a pas les mêmes revenus (et moins ils gagnent, plus il faut
les exécrer !)
- celui qui naît avec le gène de la délinquance (ou quand le déterminisme
social s'érige en idéologie pour casser toute démarche de vivre ensemble)
- celui qui est malade (et qui coûte, forcément !)
- celui qui est jeune (irresponsable ! de gauche, peut-être ?)
- etc, etc...
C'est fou ce que tout cela me fait penser à une politique qui nous offre depuis
quatre ans une exclusivité mondiale : une République qui se
déconstruit.
Il faut réagir ! Comment ?
Il n'existe que deux possibilités, à travers lesquelles
il est par ailleurs intéressant de cerner l'enjeu de la présidentielle de 2012
: la reconstruction du socle républicain, ou le
néant, c'est à dire son annihilation.
La reconstruction, elle siège aujourd'hui de la gauche à une partie du
centre-droit. Elle porte cet espoir mais n'en a pas encore consolidé la
perspective. Il y a pourtant urgence.
Le néant, il vient comme une sanction terrible pour tous, c'est la droite
extrême. Elle n'a jamais voulu de la République mais est capable de toutes les
illusions pour vendre un espoir là où, une fois de plus, les plus faibles en
paieront le prix fort.
Entre les deux il y a cette fin de règne émétisante à l'impopularité
record. Elle se hâte dans la déconstruction républicaine, peut-être
parce que, pour espérer gagner à nouveau, elle aspire plus
naturellement à incarner le néant plutôt que le renouveau
républicain.