Économie Idées Politique — 18 janvier 2017
Demain, du travail pour tous ?

Sandrino Graceffa a mille fois raison de déclarer le 18 janvier 2017 sur France Inter : « Le travail existait avant l’emploi et existera probablement après« .

Cette phrase et la distinction qui est faite entre la nécessité de produire pour exister, ce que l’Homme a dû faire de tous temps, et la façon de le faire par une activité de salarié, marque le changement du monde et une transition qui méritent d’être anticipés.

Je recevais il y a peu trois lycéens qui faisaient un exposé sur l’accueil des réfugiés en France. Au cours de la discussion, la question de l’emploi fut évoquée. Je dis alors que les progrès technologiques, par la robotisation et les algorithmes, réduisent immanquablement les besoins en emplois pour de nombreuses productions, alors que la population mondiale croît dans le même temps.

Dès lors, nous n’avons qu’une solution, après avoir écarté celle de « supprimer » plus d’1/3 des habitants de la planète : celle de créer de nouvelles règles économiques autour du travail, organisant une nouvelle société qui donne à chacun les moyens d’exister dignement.

Très intéressés, ils me demandèrent que deviendraient-ils dans cette société de demain.

Je leur répondis qu’aujourd’hui, ils regardent comment vivent leurs parents et comment vivaient leurs grand-parents. Et se disent donc qu’un salaire de plus de 1500 euros, après quelques temps d’apprentissage, et si possible en CDI, serait une perspective déjà honnête.

Et si plutôt, demain, leur semaine était occupée par deux missions d’une dizaine d’heures dans deux entreprises différentes, auxquelles s’ajouteraient quelques heures de bénévolat, et un revenu de base ? Bref, peut-être travailleraient-ils pour gagner ces 1500 € ou plus avec seulement 20h par semaine dans le cadre de deux emplois au sens où nous les entendons aujourd’hui.

C’est certainement ainsi que nous vivrons d’ici quelques années, et la transformation de notre organisation collective par rapport au travail a commencé.

Malheureusement, cette transition échappe à bon nombre de nos dirigeants politiques qui ne s’intéressent bien souvent qu’à la façon dont ils pourront gouverner à court terme et surtout être réélus. On ne peut que saluer les tentatives de Benoît Hamon, qui tendent à percer dans l’univers préhistorique des primaires citoyennes de janvier 2017. Il est bien seul, avec Jean-Luc Bennahmias, à faire valoir une vision de la société sur le long terme, avec notamment la proposition du revenu universel d’existence.

Car en effet, arc-boutés sur de vieux logiciels, droite et gauche ne peuvent envisager de nous préparer au monde de demain sans créer de nouveaux outils de protection sociale et de régulation économique.

  • La droite revendiquera que les emplois sont trop taxés, suivis par une partie de la gauche, et tous deux soutenus par les grandes entreprises du modèle économique dominant, qui obtiennent des règles du jeux qui leur sont plus favorables qu’aux petites entreprises ou aux coopératives.
  • La gauche revendiquera d’éviter la précarisation du salariat, sans prendre en compte les difficultés des petites entreprises qui ont besoin de flexibilité, des coopératives, et du nouveau prolétariat qui vend son travail sous forme de prestations.

Sortir de ces deux impasses manifestes, cela devient urgent, avant que la faim d’existence de catégories entières de la population ne les amènent à plus de violence.

Les deux pistes les plus sérieuses sont celles du revenu de base (prestation sociale universelle) et de la taxation des robots, du patrimoine et des rentes (régulation économique par la fiscalité).

L’un finançant l’autre.

Ainsi pourrions-nous assurer l’existence de tous dans des conditions acceptables permettant de faire le deuil de l’emploi en CDI qui se raréfie, et d’encourager fiscalement l’activité basée sur la contribution humaine quand dans le même temps nous prélèverions les sommes faramineuses produites sur la base de modèles économiques à faible contribution humaine.

Voyant les sourires et le supplément de sérénité lisibles sur les visages de mes trois lycéens, je me dis en moi qu’il fut peut-être pour eux un rare moment où un élu leur donnait à espérer concrètement.

Qui disait que nous nous n’aurions pas de projet ni d’espérance ?

Aller plus loin :

https://www.colibris-lemouvement.org/projets/luniversite-colibris/parcours-decouverte-revenu-base

https://www.benoithamon2017.fr/thematique/pour-un-progres-social-et-ecologique/#travail

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YL