Le plus fort souvenir de mes 7 ans 1/2

(10/05/2011)

J'avais sept ans et demi, et, ce soir-là, dans notre maison d'Avignon, régnait une certaine effervescence. Les copains et camarades de mes parents les avaient rejoints pour assister, à la télévision, au résultat du second tour des élections présidentielles. Giscard ou Mitterrand ? Pas de SMS ou d'internet pour donner par avance une estimation... Vingt heures tapantes : le visage du nouveau Président de la République se dévoilait de haut en bas dans un grand silence. La droite avait confisqué le pouvoir si longtemps que les premières lignes et la calvitie qu'elles dessinaient ne laissèrent d'abord aucun espoir à la petite troupe de militants.

Puis ce fut la joie. Une grande joie aux odeurs de tabac et de rires mêlés. Bien sûr j'avais déjà vu mes parents heureux, mais de toute mon enfance jamais un éclair aussi fulgurant n'avait illuminé mieux leurs yeux de trentenaires. Je compris ainsi que cette clameur et les hurlements de bonheur de tous ces gens qui m'étaient si familiers, revêtaient un caractère tout à fait exceptionnel.

J'ai probablement compris ce jour-là que notre quotidien était fondamentalement déterminé par ce genre d'événements historiques. Et j'en apprends tous les jours le pourquoi, j'en ressens les luttes, et je me fabrique des utopies pour avancer.

J'avais sept ans et demi, le 10 Mai 1981, et je rêve encore de revivre ça.