La construction de demain a commencé en dehors des partis

La verticalité des institutions, la tendance centralisatrice de l'État au mépris des réalités de terrain, l'éthique et les pratiques politiques de ces trente dernières années ont découragé et éloigné les citoyens de la chose publique.

Le manque de perspectives durables dans une économie du court-terme qui est de moins en moins redistributive, crée en même temps de fortes tensions dans la société.

Cette économie a pris la main sur la politique, et donc sur l'intérêt général.

Que l'on soit élu local ou citoyen, nous entendons colère ou résignation, qui se traduisent par des votes protestataires, l'abstention massive et/ou la soumission aux discours démagogiques d'une classe politique de plus en plus irresponsable et prête à tout pour se maintenir en « poste ».

Pourtant, c'est bien le rôle des responsables politiques de donner envie aux citoyens de s'impliquer et de faire vivre la démocratie, plutôt que de se prélasser dans le confort du pouvoir confisqué au plus grand nombre.

Ainsi j'ai pu entendre parfois des cadres politiques me faire remarquer que je me donnais bien du mal alors que finalement j'avais gagné une élection.

Ce n'est pas ma conception de la politique de viser l'élection ou la réélection pour elles-mêmes et donc de consacrer mes efforts principalement dans cet objectif.

Je ne vis pas de la politique, j'ai une activité indépendante et rémunératrice : j'optimise donc mon temps d'élu au service du mandat qui m'a été donné.

Les valeurs qui ont fondé notre République et notre bien commun, ne sont plus sincèrement défendues par les partis, ne serait-ce au regard de leur fonctionnement qui manque d'ouverture sur la société, de bienveillance et de nuance.

Les partis aujourd'hui structurent les lieux de pouvoir de haut en bas en simulant l'existence d'une organisation démocratique qui procéderait du peuple.

En leur sein, ils développent une logique de rapports de force toujours plus violente.

La quasi-totalité des dirigeants nationaux ne sont plus dépositaires d'une vision à long terme de la société et du monde. Au contraire, ils campent des positions à court terme, bruyantes et populistes, et font illusion sur les valeurs qu'ils défendent tant ils surjouent leurs différences, par nécessité, pour occuper l'espace politique qui les nourrit.

Les partis à leur service ne regroupent plus que trois catégories d'adhérents : des élus et parmi eux de moins en moins d'élus de terrain ; leur personnel ou leurs avoués, tirant leur situation sociale du pouvoir de leurs « maîtres », et espérant souvent être élus eux-mêmes ; et ceux qui restent là par habitude, parfois hagards, sidérés, en tous cas inquiets.

Certains, parmi ces derniers, critiquent volontiers les pratiques détestables de la vie politique, mais, à l'occasion de congrès ou de primaires, se rangent comme un seul homme derrière les majorités qui conservent ces pratiques.

Ce cirque incessant m'épuise, ce scénario « en boucle » me lasse, surtout quand, interpellé par mes concitoyens, il faut parfois essayer de se justifier à cause d'une étiquette politique que je partage avec des personnes avec lesquelles, pourtant, en pratique, je n'ai plus grand chose à voir.

Concernant le Parti Socialiste, je revendique fièrement y avoir recherché un espace de réflexion et de combats, et avoir, sur la base de valeurs communes, milité aux côtés de camarades pour la rénovation des pratiques politiques, l'économie coopérative et redistributive, le partage du travail, la culture, l'éducation et le développement durable. Mais, après avoir oublié de se réinventer au lendemain du 21 avril 2002, le PS a durci la verticalité de son fonctionnement par de subtils aménagements à ses statuts, et, enfin, il a constaté son propre échec le 6 février 2016, renonçant à l'élaboration d'un programme présidentiel. Sous couvert d'une « Belle Alliance Populaire » il singe ridiculement la nécessité de sortir des sentiers battus, en même temps que son association d'élus reste enfermée dans ses vieilles habitudes, incapable de transformer positivement les énergies locales, s'en remettant à ses baronnies ancestrales. J'ai tenu quelques mois... seulement parce que j'estime que les décisions ne se prennent pas sur un coup de tête et que mon départ méritait réflexion. Cette réflexion est mûre et ma décision est prise. En ce moment, partout et sous différentes formes, des initiatives, des dynamiques, toutes recherchant ce qui peut nous unir dans des projets au service du bien commun, naissent et attestent de notre capacité de résistance et d'innovation, de notre besoin de démocratie, de notre envie d'améliorer le monde pour les générations futures, de créer des cercles vertueux.

En tant que citoyen, et qui plus est en tant qu'élu de proximité, être en résonance avec ces initiatives et ces dynamiques me motive et n'est vraiment plus conciliable avec le soutien à un parti politique vissé à un régime finissant.

La violence qui règne dans le monde politique me pousse en même temps vers d'autres lieux où nous pourrions faire prévaloir l'écoute et la bienveillance.

Je reconnais que le rôle des partis sera sûrement essentiel dans la construction de la démocratie de demain ou d'après-demain, mais, dans un premier temps, je me sens plus à l'aise en dehors de ces derniers pour initier avec d'autres ce mouvement nécessaire de rétablissement de la souveraineté du peuple, au service de l'intérêt général.

Convaincu de la capacité de résilience et de dynamisme des territoires, associés à leurs habitants, c'est dans cet esprit que je souhaite poursuivre mon engagement, à distance des paradigmes de l'échec et des comportements préhistoriques.