Intellectuels ? Lamentable !

C'est par cette phrase que se ponctuaient quelques sketchs du Bébête Show dans les années 1980. Signe des temps, les humoristes semblaient faire allusion à l'omniprésence des intellectuels dans les médias, et donnant le change aux politiques.

Ils étaient là, en effet, parfois caricaturaux, mais tenant leur rôle.

Quel rôle ? Celui de s'arrêter dans la course aux commentaires, et, regardant les faits, tenter de s'élever au-dessus de ceux-ci pour énoncer des principes, des valeurs, et nous aider à y réfléchir.

Au lycée, mon professeur de philosophie avait conclu l'un de ses cours en clamant qu'aucune responsabilité politique ne devait se départir de la capacité à penser le monde, et, en grossissant le trait, que les philosophes au pouvoir serait une bonne chose pour tous.

Ce cours m'avait marqué, et je ne saurais dire à quel point ces phrases résonnent en moi quand je rencontre ceux qui ont du pouvoir, de quelque bord qu'ils soient. Ils pratiquent ce pouvoir, pour la plupart, d'une façon si détestable et peu encline aux bons principes, à part les leurs, lesquels sont bien sûr les meilleurs.

Il y a ceux qui ont mauvais fond : de ceux-là vous n'en tirerez rien de bon pour la communauté. Mais pire, il y a ceux qui n'ont pas mauvais fond, mais qui ne prennent pas le temps de se demander sur la base de quelles valeurs ils développent chacune de leurs actions.

Pour en revenir aux intellectuels, ils tenaient leur rôle. Ils tenaient leur rôle et étaient écoutés, aussi. D'abord par les médias, lesquels ne devaient pas ranger dans une seringue d'une minute les impressions de ces derniers.

Aujourd'hui c'est à se demander s'il existe un moment suffisant, ailleurs que sur France Culture ou Arte, pour développer une pensée précise sur un sujet donné.

Cet empressement, catalysé par l'ère de l'internet, les a d'ailleurs peu à peu rendus polémistes pour la plupart, silencieux ou inaudibles pour les autres.

Les politiques, ayant déjà peu tendance à formuler vraiment leur pensée, puisque nous avons vu qu'ils peinaient même à la concevoir, se voyaient donc plagiés par ceux qui jadis leur donnaient des leçons.

Aujourd'hui, des personnages comme Eric Zemmour balancent trois phrases dans un communiqué volontairement polémique, pour se demander plusieurs mois après s'il ne fallait pas dire le contraire.

Dans le même temps, on va s'intéresser à ce qui dépasse du politiquement correct chez Michel Onfray avant de chercher comment se structure et s'établit réellement sa pensée.

Et nous, de regarder, impuissants du cortex, les migrants se noyer à Malte ou jouer au chat et à la souris à Calais avec les forces de l'ordre.

Observer ce monde absurde où les capitaux n'ont pas de frontières, où les paradis fiscaux dégueulent du pognon raflé dans les bourses de l'économie, et où, en même temps, on déploie la force d'une soi-disant raison à élever des murs entre les hommes. Qui a vraiment quitté sa terre natale par plaisir ?

Si les Etats étaient vraiment responsables, ils mettraient leur force à faire respecter droits et devoirs à tout homme. Et traiter les questions d'asile, de séjour et de nationalité en commençant par apprendre l'humanité.