À la recherche d’une démocratie renouvelée, préalable au progrès économique et social

Le constat d’une crise de la représentation du peuple n’est pas forcément nouveau dans l’histoire de la République française, et ce, depuis sa naissance.

Je ne prétendrai jamais qu’il existerait un fonctionnement idéal ni des personnes infaillibles pour l’incarner, mais force est de constater qu’un certain nombre de faits témoignent d’une crise institutionnelle qui s’aggrave chaque jour devant nos yeux.

Sans en faire l’exhaustif inventaire, plusieurs facteurs causent la crise démocratique en France.

La verticalité des institutions de la Vème République s’est renforcée, depuis sa création autour du Général De Gaulle lors d’un moment historique précis, en passant par la présidentialisation de 1962, puis la modification du calendrier des élections législatives synchronisées avec l’élection présidentielle.

Malgré l’abaissement de l’âge de la majorité, la parité hommes-femmes intégrée par les gouvernements de gauche dans les élections locales, et le mandat parlementaire unique prévu pour 2017, les pratiques politiques se sont structurées dans cette verticalité et les partis ont peu à peu renforcé des castes qui s’accaparent le pouvoir et l’expression politiques en donnant parfois l’illusion d’être à l’écoute des militants ou des citoyens.

La séparation des pouvoirs n’est donc pas assurée. On assiste à une toute puissance de l’exécutif, sur lequel le peuple a perdu le contrôle.

Le déclassement et la dégradation de la sécurité sociale que l’État, au lendemain de la seconde guerre mondiale, s’était donné pour objectif d’apporter à tous, viennent compléter la longue liste des causes d’une véritable crise de régime.

Sur ce dernier processus, il n’est pas certain que cela ne soit qu’un enchaînement de renoncements des gouvernements. Dans le même temps, l’économie est devenue de moins en moins redistributive et l’accumulation de capital exponentielle.

Les oligarchies économiques et financières, à la tête de ce trésor de guerre, bien nommées les 1% par les mouvements internationaux d’indignation, ont bénéficié de l’affaiblissement des marges de manœuvre du pouvoir politique sur le plan monétaire et économique.

Le pouvoir politique se trouve condamné, sauf à modifier les règles du jeu, à suivre les injonctions du pouvoir économique et financier.

Dès lors, les lois et les règlements, les traités économiques, n’ont plus pour objectif de rechercher et servir l’intérêt général, mais de prendre des dispositions favorables à la poursuite du phénomène d’accumulation de capital à l’échelle mondiale.

Évidemment, le fonctionnement de l’Europe doit à ce titre également être interrogé. Mais avant toute chose, nous devons multiplier les initiatives qui permettent aux citoyens de notre pays de relever la tête et de reprendre part à la construction d’un destin commun.

Cette construction a du sens dès le plus petit échelon où nous pouvons produire du commun : le village, le quartier.

Une prise de conscience est naissante parmi les élus locaux, et parmi eux ceux qui cherchent à dynamiser leurs territoires et n’ont pas peur de rassembler autour d’une table les bonnes volontés.

À l’échelle des villages, nous avons appris à atténuer les effets délétères produits par la classe politique sur notre démocratie. Nous avons appris à travailler le contenu des projets et à créer les dynamiques qui permettent de les incarner, au-delà des lignes politiques.

Nous participons à réinventer du « commun ».

Bâtir des projets locaux qui associent les citoyens et qui deviennent l’objet de leur jugement, c’est une méthode qui porte ses fruits.

Ainsi, la démocratie locale se réveille et se construit dans un nombre grandissant de communes en France, comme s’il s’agissait de contre-balancer la chape de plomb centralisatrice et normative des institutions supra-communales, nationales et européennes.

Parallèlement aux initiatives concrètes de coopération économique locale, d’économie circulaire, de relocalisation d’emplois autour d’activités durables, il est urgent que le citoyen reprenne la parole et que le fonctionnement de nos institutions permette à chaque échelon de la représentation politique un contrôle efficace par le peuple dont elle émane.

La démarche « Communes Citoyennes » qui propose de créer en septembre des comités locaux dans les communes de France, permet de mettre en place la prise de parole citoyenne.

Si l’on n’identifie pas d’emblée la capacité de ces nouveaux cercles à recréer de la représentativité dans le monde politique, nous pouvons trouver d’abord heureuse la tentative de rassembler les citoyens dans un nouvel espace de parole et de projet, préalable à l’incarnation de ces projets par des femmes et des hommes.

C’est pourquoi, durant la campagne présidentielle et sans qu’il s’agisse de renoncer à voter, au lieu de céder au présidentialisme, aux stratégies des partis politiques, aux logiques d’hommes qui seraient providentiels dans un système et un régime finissants, je vous encourage à participer aux « Communes Citoyennes » qui libèrent pacifiquement la parole et la mettent exclusivement au service de propositions, si modestes soient-elles et si peu entendues qu’elles puissent l’être, du moins… dans un premier temps…

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YL